Conscience, subconscient, inconscient : qui sommes-nous vraiment ?

Nous avons souvent l’impression de bien nous connaître.

Nous savons ce que nous aimons, ce que nous n’aimons pas, ce que nous voulons, ce que nous refusons. Nous avons une histoire, un prénom, une famille, un métier, des souvenirs et des expériences qui ont participé à construire notre identité.

Et pourtant…

Il suffit parfois d’une réaction qui nous surprend, d’une peur que nous ne comprenons pas, d’un comportement qui se répète malgré nous ou d’une émotion disproportionnée pour réaliser une chose essentielle :

une partie de nous fonctionne sans que notre conscience en ait le contrôle.

Alors, qui sommes-nous réellement ?

Sommes-nous uniquement ce que nous pensons être ?

Ou existe-t-il, derrière notre personnalité et notre histoire personnelle, une dimension beaucoup plus vaste de nous-mêmes ?

Le Moi : celui que nous pensons être

Le Moi correspond à cette identité avec laquelle nous avançons dans le monde.

C’est le « je ».

Je suis une femme.
Je suis un homme.
Je suis une mère.
Je suis un père.
Je suis quelqu’un de sensible.
Je suis quelqu’un de fort.
Je suis quelqu’un qui a vécu telle ou telle expérience.

Le Moi se construit progressivement à travers notre histoire.

Notre enfance, notre éducation, notre environnement familial, nos expériences, nos blessures, nos réussites, nos relations et les croyances que nous avons intégrées participent à sa construction.

Le Moi est nécessaire. Il nous permet de nous différencier des autres et de fonctionner dans notre réalité quotidienne.

Mais il possède aussi une particularité :

il ne représente pas la totalité de ce que nous sommes.

Le Moi peut même parfois devenir prisonnier de l’image qu’il s’est construite.

« Je suis comme ça. »

« Je ne suis pas capable de ça. »

« Les choses se passent toujours comme ça pour moi. »

« Je suis quelqu’un qui a peur. »

« Je suis quelqu’un qui doit tout contrôler. »

Ces phrases peuvent sembler définir notre identité alors qu’elles ne décrivent parfois qu’une partie de notre fonctionnement.

Le subconscient : ce qui agit sans que nous y pensions

Entre ce que nous faisons consciemment et ce qui échappe complètement à notre perception, il existe une immense zone de fonctionnement automatique.

C’est notamment là que nous pouvons parler du subconscient.

Le subconscient regroupe une multitude d’apprentissages, d’habitudes, de réflexes et d’associations qui ont été enregistrés au fil du temps.

Nous n’avons pas besoin de réfléchir pour marcher.

Nous n’avons pas besoin de nous demander comment tenir un verre.

Nous pouvons conduire sur un trajet familier sans avoir conscience de chaque mouvement effectué.

Notre cerveau et notre organisme ont appris à automatiser une quantité impressionnante d’informations.

Mais cette automatisation concerne également nos réactions émotionnelles.

Une situation peut nous mettre mal à l’aise sans que nous sachions immédiatement pourquoi.

Une personne peut nous inspirer de la méfiance alors qu’elle ne nous a rien fait.

Un événement peut provoquer une émotion qui semble beaucoup plus forte que ce que la situation actuelle justifierait.

Nous pouvons même répéter certaines situations dans notre vie alors qu’une partie de nous affirme vouloir exactement l’inverse.

C’est là que le subconscient devient particulièrement intéressant.

Nous pouvons consciemment vouloir quelque chose tout en étant inconsciemment programmés pour autre chose.

L’inconscient : une profondeur de nous-mêmes

L’inconscient va encore plus loin.

Il ne s’agit pas simplement de tout ce dont nous ne sommes pas actuellement conscients.

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Il peut être envisagé comme un espace psychique beaucoup plus vaste, contenant des éléments qui échappent au Moi conscient.

Certaines émotions, certains symboles, certains rêves, certaines images ou certains comportements peuvent faire émerger des contenus dont nous n’avions aucune conscience.

Et c’est précisément là que quelque chose de très intéressant se produit.

Notre inconscient ne se manifeste pas forcément sous la forme d’une pensée claire.

Il peut passer par une image.

Un rêve.

Une intuition.

Une émotion.

Une réaction corporelle.

Une répétition.

Un symbole.

Parfois même par cette étrange sensation de « savoir » quelque chose sans savoir expliquer comment nous le savons.

Cela ne signifie pas que chaque intuition est nécessairement une vérité ou que chaque rêve possède une signification cachée.

Mais cela nous invite à regarder notre vie intérieure autrement.

Le Moi n’est pas le Soi

Cette distinction est fondamentale.

Le Moi correspond à notre identité consciente, à la personne que nous expérimentons au quotidien.

Le Soi, lui, représente quelque chose de beaucoup plus vaste.

On pourrait dire que le Moi est une partie de nous, tandis que le Soi englobe une dimension plus complète de notre être.

Le Soi ne se limite pas à notre personnalité, à notre histoire ou à l’image que nous avons de nous-mêmes.

Il inclut ce que nous connaissons de nous…

mais aussi ce que nous ne connaissons pas encore.

C’est pourquoi le chemin intérieur n’est pas forcément un chemin qui consiste à « devenir quelqu’un d’autre ».

Il peut être, au contraire, un chemin qui consiste à devenir davantage soi-même.

À reconnaître les différentes parts de notre être.

À observer nos mécanismes.

À rencontrer nos zones d’ombre.

À comprendre nos répétitions.

À remettre en question certaines croyances.

Et progressivement, à réunir ce qui était séparé.

Lorsque l’inconscient cherche à se faire entendre

Il arrive que ce que nous refusons de voir consciemment continue malgré tout à chercher une voie d’expression.

Une émotion revient.

Une situation se répète.

Une peur apparaît.

Un rêve nous marque profondément.

Une relation réactive toujours le même mécanisme.

Nous pouvons alors considérer ces manifestations uniquement comme des problèmes à supprimer.

Mais nous pouvons aussi les regarder comme des informations sur nous-mêmes.

Cela change complètement notre manière de les aborder.

Au lieu de demander :

« Comment faire disparaître cette émotion ? »

Nous pouvons commencer par demander :

« Qu’est-ce que cette émotion vient me montrer ? »

Au lieu de lutter contre une peur :

« Qu’est-ce que cette peur protège-t-elle ? »

Au lieu de condamner une réaction :

« Qu’est-ce qui, en moi, réagit ainsi ? »

Cette posture crée un espace intérieur différent.

Nous ne sommes plus obligés de nous identifier à ce qui nous traverse.

Nous ne sommes pas nos pensées

Une pensée apparaît.

Puis une autre.

Puis une autre.

Certaines sont choisies.

D’autres arrivent spontanément.

Parfois, nous sommes même capables d’observer nos propres pensées.

Et cette observation pose une question essentielle :

si je peux observer mes pensées, suis-je uniquement mes pensées ?

De la même manière, si je peux observer une émotion, suis-je cette émotion ?

Si je peux observer ma peur, suis-je ma peur ?

Si je peux observer mon histoire, suis-je uniquement mon histoire ?

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Cette distinction entre ce que nous vivons et ce que nous sommes ouvre un espace considérable.

Le Moi peut avoir peur.

Le corps peut être en tension.

Le subconscient peut reproduire un ancien fonctionnement.

L’inconscient peut faire émerger une image ou une émotion.

Et pourtant, une partie de nous peut simplement observer tout cela.

C’est peut-être là que commence une autre forme de conscience.

La conscience comme espace d’observation

Nous avons tendance à considérer la conscience comme quelque chose qui « pense ».

Pourtant, il existe une différence entre penser et être conscient de penser.

Lorsque nous prenons quelques secondes pour observer notre respiration, nous devenons conscients de quelque chose qui se produisait déjà sans nous.

Lorsque nous observons une émotion sans immédiatement agir dessus, nous créons une distance entre l’émotion et notre réaction.

Lorsque nous regardons une croyance profondément ancrée, nous pouvons commencer à nous demander :

« Est-ce réellement moi qui pense cela, ou est-ce quelque chose que j’ai appris à penser ? »

La conscience permet alors de remettre de la lumière là où fonctionnaient auparavant des automatismes.

Et ce qui devient conscient peut être regardé, questionné et transformé.

Vers une réunification de soi

Le véritable travail intérieur n’est peut-être donc pas de choisir entre le conscient et l’inconscient.

Il n’est pas non plus de rejeter le Moi pour atteindre quelque chose de « supérieur ».

Il s’agit plutôt d’apprendre à faire dialoguer les différentes dimensions de notre être.

Le Moi a sa fonction.

Le subconscient a sa fonction.

L’inconscient a sa profondeur.

Et derrière tout cela se trouve cette notion du Soi : une vision plus large de notre identité, qui ne se résume pas à notre personnalité actuelle.

Plus nous apprenons à nous observer, plus nous pouvons découvrir que certaines parties de nous avaient simplement été laissées dans l’ombre.

Et peut-être que grandir intérieurement ne consiste pas à supprimer ces parties.

Peut-être consiste-t-il à les rencontrer.

À les comprendre.

À leur redonner une place.

À les intégrer.

Car ce que nous refusons de regarder continue souvent de nous diriger dans l’ombre.

Alors que ce que nous acceptons de rencontrer peut progressivement entrer dans le champ de notre conscience.

Et si nous étions bien plus vastes que notre histoire ?

Notre histoire raconte ce que nous avons vécu.

Elle ne raconte pas nécessairement tout ce que nous sommes.

Notre personnalité décrit notre manière actuelle de fonctionner.

Elle ne définit pas forcément toutes les possibilités qui existent en nous.

Notre Moi nous permet d’exister dans le monde.

Mais le Soi nous invite à regarder au-delà de cette identité limitée.

C’est peut-être finalement cela, le véritable chemin de connaissance de soi :

ne plus chercher uniquement à savoir « qui je suis », mais commencer à observer tout ce qui, en moi, participe à l’expérience de ce que j’appelle « moi ».

Et plus nous avançons dans cette exploration, plus une évidence peut apparaître :

nous ne sommes pas seulement ce dont nous avons conscience.

Nous sommes aussi tout ce qui cherche encore à devenir conscient.

Et peut-être que se connaître véritablement ne consiste pas à trouver une définition définitive de soi…

mais à accepter de découvrir, encore et encore, ce qui se trouve derrière le « je ».

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